Parti QuébécoisAndré Simard, Côte-du-Sud
Conseiller spécial et chef de cabinet adjoint au ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec et vice-premier ministre, François Gendron.

Texte de Élizabeth Sirois de Rivière-Ouelle gagnante du premier prix pour son texte sur le patriote Charles Hindelang

Mon très cher Charles Hindelang,

Voilà aujourd’hui 173 ans que vous êtes mort comme un homme, un vrai, en combattant pour les droits d’une nation qui n’était pas la vôtre. Mais une question persiste : pourquoi? Vos parents étant marchands d’origine suisse et résidents français, votre vie s’annonçait des plus aisées dans la magnifique ville de Paris, mais, dès un jeune âge, vous avez décidé de vos enrôler avec les Patriotes Canadiens. Vous aviez 28 ans, votre existence  s’annonçait des plus désinvoltes mais, alors que la vie vous tendait les bras, vous avez pris le chemin de l’Amérique, où vous y laisseriez votre vie, un an plus tard. Personne, sans doute, ne fera jamais la lumière sur votre choix, personne ne le comprendra.

 

En 1838, la situation politique du Bas-Canada était critique. Têtu, le Roi d’Angleterre refusait d’attribuer à sa colonie la responsabilité ministérielle, ce qui suscitait une agitation tangible. Certains ont pris les armes, d’autres y sont allés par la force des mots. Le 14 novembre 1838, les autorités britanniques vous ont appréhendé à la frontière des États-Unis, et ils ont reçu l’ordre de vous déporter jusqu’à Montréal. À ce moment débutait vos derniers mois de vie, à la prison du Pied-du-Courant. Un peu plus de deux mois après votre arrivée au pénitencier, le 22 janvier 1839, votre procès débute. Jugé coupable, le tribunal vous a, à tout le moins octroyé le droit de proclamer votre défense. En vain. Le 24 janvier, on vous condamna à mort, une sentence que vous avez recueillie avec un trémolo de dépit. Les lettres que vous avez rédigé la veille et l’avant-veille de votre exécution ont donné à plusieurs la force de continuer de se battre. Jusqu’à votre dernier souffle, les droits des habitants du Bas-Canada vous ont tenu à cœur. En rien vous ne vous êtes laissé impressionner par l’armée britannique qui semblait si robuste. Pas un seul instant, vous avez songé fuir et retourner vous réfugier auprès de votre famille à Paris. Votre place était ici, vous le saviez. 

Le 15 février 1839, la date fatidique. L’aube se pointe, vous entendez le cliquetis de la serrure de  votre cellule. Un gardien de prison britannique vous conduit, entouré par quatre de vos confrères dont Marie-Thomas Chevalier De Lorimier, vers vos derniers instants de vie. On vous passe la corde au cou. Vous regardez une dernière fois vos compatriotes et tous vous écriez : « Vive la liberté! » Cette phrase, qui percera le froid d’un matin gris, sera la dernière que vous n’ayez jamais prononcée.

Votre dernière volonté était que votre cœur soit remis entre les mains de votre mère. Bien qu’elle n’ait pas été exaucée, sachez, mon très cher monsieur, que votre cœur, non pas au sens propre mais au sens figuré, sera à jamais gravé dans la mémoire des Canadiens français d’aujourd’hui.

Vive la liberté!

Votre dévouée,

Élisabeth Sirois

Partager